5 questions à Dominique Fortier

5 questions à Dominique Fortier

Mathilde Toulot
Dominique est romancière et traductrice. Son premier recueil "Notre-Dame de tous les peut-être" paraît en 2024 aux éditions du passage. Très attachée à l'oeuvre d'Emily Dickinson, elle a publié Les villes de papier en 2018 (Grasset, 2020) et reçoit le prix Renaudot de l'essai. Suit Les ombres blanches, qui romance la publication posthume des poèmes d'Emily Dickinson.

Qu'avez-vous ressenti quand Mathilde Toulot vous a proposé d'écrire des poèmes pour les nouveau-nés ?

J’ai été très touchée pour plusieurs raisons : d’abord cette idée de s’adresser à un être tout neuf, de choisir des mots qui seront parmi les premiers qu’il entendra et qui, pour cette raison, doivent être pesés avec un très grand soin. Tout des premiers jours avec un nouveau-né revêt un caractère presque sacré; une série de premières fois émouvantes, bouleversantes. Ce sont des moments d’une extrême fragilité, qui nous changent à jamais, et dont on se souvient ensuite toute sa vie. L’idée de trouver des vers pour accompagner ces instants était vertigineuse, et m’a tout de suite fait replonger dans les premiers jours, les premières semaines après la naissance de ma fille, un temps comme en apesanteur. Un chavirement.
 
(D’un point de vue plus anecdotique, c’était la première fois que l’on m’approchait à titre de poète. Je publie des romans depuis plus de vingt ans maintenant, mais au moment où vous m’avez écrit, j’étais moi-même une poète nouveau-née.)

Comment s'est passée l'écriture des poèmes ?

J’ai mis un certain temps avant d’écrire ce texte, qui m’est ensuite venu d’un seul souffle, comme s’il s’était écrit à mon insu, en secret, et qu’il ait attendu d’être achevé pour m’apparaître déjà formé. 

Depuis où et à qui avez-vous parlé ?

C’est évidemment à ma fille que je pensais à l’écrivant, parce que j’ai souvent rêvé, quand elle était toute petite, de lui écrire semblable poème, mais j’en étais incapable, il me fallait cette distance que donne le temps. C’est évidemment à elle que je l’ai donné à lire en premier. Elle l’a parcouru un peu comme s’il était écrit en langue étrangère.

Quel était le message le plus important à transmettre pour vous ?

Je suis persuadée que les mots sont parmi les dons les plus précieux que l’on puisse offrir à ceux que l’on aime. Ils ouvrent des portes qui se révèlent quand on en a besoin; ils survivent à la disparition et à l’oubli; ils sont un lien invisible mais qui ne se défait pas. Ces poèmes écrits à l’intention des nouveaux-nés (et de ceux et celles qui vont leur en faire lecture) sont des secrets qu’on leur glisse à l’oreille, une façon de leur dire: bienvenue, voici où tu as atterri, cette terre est aussi faite en paroles, ce sont des formules magiques, je vais te les apprendre et nous les aurons à jamais en partage.

Selon vous, pourquoi est-ce que la poésie pour les nouveau-nés n'existait pas jusqu'à maintenant ?

Depuis toujours on lit des livres aux enfants. Avant même leur naissance, quand ils sont dans le ventre de leur mère on leur parle, on leur raconte des histoires, et pourtant personne n’avait encore songé à faire un livre qui soit destiné aux plus petits humains. C’est étrange. Mais maintenant qu’il existe, il me semble qu’il apparaît pour ce qu’il est: une évidence, une nécessité.
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